L'origine de Port-Aviation

Portrait de fbedei

Au début des années 1900, les premiers pionniers commencent à construire des machines à voler.

A partir de 1908, le nombre de pionniers devient important et il faut à ces "fous volants" de vastes terrains dégagés pour entreprendre leur aventure et réaliser leur vols d'essais. Si bien que l'usage sporadique de terrains militaires autour de Paris devient problématique.

Le principal terrain disponible pour les aviateurs français est celui d'Issy-les-Moulineaux, mais ses inconvénients sont connus :

"il est constamment traversé de remous dangereux, cerné d'obstacles gênants, trop petit pour des évolutions de grands rayons imposées aux avions cellulaires par leur principes même de construction, trop étroit pour des appareils rapides comme le Blériot. L'aviateur n'est pas maître de son heure d'expérience. Il doit opérer à heure fixe pendant deux laps de temps quotidiens trop courts, et cela, au prix d'un service d'ordre toujours onéreux. Cependant, sa proximité de Paris est avantageuse, surtout pour la mise au point des nouveaux appareils et nos aviateurs y ont encore opéré d'intéressants essais. Mais il est douteux qu'ils y séjournent longtemps, au moins sous le régime actuel". (Extrait de l'Aérophile du 1er octobre 1908).

Déjà, la société Antoinette a loué, pour les essais de ses prochains avions, l'île de Tournedos sur la Seine au-delà des Andelys.

Henri Farman s'installe à Mourmelon, au bord du camp de Chalons sur Marne, mis à la disposition des aviateurs par le ministre de la Guerre à peu près dans les mêmes conditions que le terrain d'Issy-les-Moulineaux mais où l'espace, tout au moins, ne manquera pas.

De son côté, Louis Blériot multiplie ses expériences. Le 11 septembre 1908, devant Louis Barthou, ministre des Travaux publics, il réalise un beau vol. Barthou le félicite ainsi que les aviateurs présents : Goupy, Delagrange, les frères Voisin, Legagneux, etc… Le lendemain, à six heures du matin, Blériot reprend son entraînement à Issy-les-Moulineaux, mais il casse du bois au cours d'un virage trop près du sol. Il est alors résolu à ne plus faire d'expériences au champ de manœuvres. Son appareil, qui atteint le 80 km/ heure, le traverse en un clin d'œil et il doit constamment se préoccuper des virages. Il espère trouver en Beauce, du coté de Toury, les vastes espaces nécessaires aux évolutions d'un engin rapide. Tout cela montre la nécessité de créer un aérodrome sur lequel les aviateurs seraient chez eux.

C'est à ce moment que la S.E.A. offre un terrain à Viry Châtillon pour y faire les installations nécessaires aux pilotes et à recevoir du public. Léon Delagrange est un des habitués d'Issy-les-Moulineaux. Le 13 septembre 1908, avant 6 heures du matin, il effectue un beau vol de 10 mn 10 s. il se propose de tenter un nouvel essai à 9 heures mais le commissaire de police, se basant sur le règlement, ne le permet pas.

Le 17 septembre, Delagrange bat son propre record de durée avec un vol de 39 mn 26 s. Il aspire néanmoins " à un endroit écarté où on a la liberté de voler en paix ". Le 1er novembre, en même temps que son adhésion à la S.E.A., il procède à son installation sur le terrain de Viry Châtillon. Il attendra que l'aménagement de l'aérodrome soit terminé pour reprendre ses expériences.

Deux biplans y seront transportés pour son compte et Delagrange a l'intention de se lancer à l'assaut des records avec chacun de ses appareils. Il commence à s'y entraîner un peu en vue de la coupe Michelin où il a l'intention de défendre sa chance fin décembre.

Le 20 novembre 1908, en présence de Wilbur Wright et d'une assistance de 2000 personnes, il effectue sur le biplan Voisin de sa « campagne d'Italie » plusieurs vols d'environ un quart d'heure, à dix ou douze mètres d'altitude, au milieu des bravos enthousiastes.

Le pilote américain Wilbur Wright, venu de Paris en voiture, où, la veille, il avait rencontré les responsables de la S.E.A. pour l'inciter à venir s'installer à Port Aviation, trouve le terrain confortable et propice aux évolutions des aviateurs. Mais il refuse de s'installer si près de Paris et choisit de s'installer à Pau Pont Long avec ses trois élèves à former dans les termes de son contrat avec la CGNA.

Le monoplan Antoinette, arrivé la veille, est également admiré par toute l'assistance.