Première manifestation sportive

Les journaux spécialisés annoncent, à partir du 15 mai 1909, l’inauguration sportive du terrain de Port-Aviation, sans autres commentaires. En raison déjà des mauvaises conditions météo, mais aussi des appareils dont les performances ne sont pas celles que l’on connait aujourd’hui. Cette manifestation sportive aurait pu être programmée début d’avril, mais un article du capitaine Ferber intitulé « l’aviation et les spectacles », paru le 15 mai, émet l’avis que « dans l’état actuel de l’aviation, il n’est peut-être pas prématuré de convoquer le public à des courses d’aéroplanes pour une date fixe ». Il conseille d’adopter la méthode de Wright à Pau, en annonçant simplement des expériences qui se feront lorsque l’aviateur le pourra ou le voudra. On ne convoque personne à heure fixe mais tout le monde peut entrer quand bon lui semble en payant le prix convenu.

Le déroulement de cette journée démontre le bienfondé de la méthode Ferber, mais elle n’a pas été employée ! En fait, le meeting ayant été annoncé à grand tapage par journaux et affiches, trente mille personnes ont déjà envahi dès le matin les tribunes et les pelouses pour aller voir voler les aéroplanes. Les départs ne seront donnés qu’à partir de deux heures de l’après-midi. Les engagements sont reçus jusqu’au 17 mai moyennant un versement de 100 F remboursables aux partants.

Sur les nombreux aviateurs annoncés pour le prix de Lagatinerie, quatre seulement sont présents le jour du meeting.

Léon Delagrange, Rougier, Ferber tous sur appareil Voisin, seul De Pischof  se présente sur un biplan Pischof & Kœchlin « Le Fouquet ». La journée est particulièrement venteuse. Rougier casse au début, Delagrange a des problèmes de bougies.

Le programme de la journée devait se corser d’un concours de cerfs-volants au cas où le vent ne permettrait pas aux avions de sortir. Les spectateurs peuvent ainsi assister à l’ascension de plus lourds que l’air. Le public attend d’abord patiemment le début des vols, puis commence à donner quelques signes d’énervement. Le vent souffle à 5 ou 6 m/s. Les avions sont toujours dans les hangars. Après le concours de cerfs-volants, malgré l’attrait de ce concours, le public continue à trépigner d’impatience. Voyant cela, Delagrange fait sortir son vieux biplan Voisin, celui des meetings italiens de 1908, dans le but de calmer le public et de s’entrainer. A ce moment, des spectateurs des tribunes populaires, du côté de la nationale 7, débordent le service d’ordre mis en place, brisent les barrières et envahissent le terrain. L’appareil est entouré par la cohue. Delagrange parle aux excités, les prie de s’écarter pour qu’il puisse décoller. Il réussit non sans peine en s’envolant après quelques mètres. Il fait un tour complet du terrain à une hauteur moyenne de cinq mètres puis revient atterrir près des hangars en évitant curieux et maladroits.

La foule commence à s’écouler malgré l’annonce du prix Lagatinerie auquel De Pischof s’inscrit. C’est lui qui part le premier avec son biplan à moteur Antoinette. Il effectue plusieurs départs loupés sur une centaine de mètres, le public goguenard l’a surnommé la « moissonneuse », il ne repartira pas.

A 18 h 45, Rougier s’élance à son tour. Mais, dans la ligne opposée, alors qu’il vole bas, il aperçoit quelques spectateurs couchés dans l’herbe, fait une embardée pour les éviter, pique et écrase son équilibreur.

A 19 h 10, Delagrange décolle à nouveau avec l’appareil neuf de la Ligue Aérienne. Le premier tour est fait à 5 m de hauteur. Les trois suivants permettent d’atteindre 15 m. Delagrange réalise cinq tours de piste, soit 5 800 m, en 10 mn 18 s.

A vingt heures, les commissaires sportifs admettent après délibération que le Prix Lagatinerie a été régulièrement couru et Léon Delagrange est déclaré vainqueur. Il devient le héros du jour. Il est follement ovationné  et porté en triomphe. Les derniers spectateurs se retirent, satisfaits de leur journée.

Cette manifestation, aux résultats sportifs modestes, aurait pu mieux réussir sans la mauvaise tenue et l’inconscience de certains spectateurs, et aussi l’insuffisance notoire du service d’ordre. Peu de gens se sont rendu compte que les aviateurs sont encore soumis aux caprices des vents et que les moteurs souvent mal réglés ne  fonctionnent pas toujours correctement. 

Port-Aviation