La journée du 1er avril 1909

La journée du 1er avril 1909

Dans son numéro du 1er janvier 1909, l’aérophile annonce que l’inauguration du terrain de Port-Aviation, appelé d’ores et déjà « aérodrome de Juvisy », aura lieu le 10 janvier 1909. Elle se déroule sous la responsabilité de la S.E.A. en présence d’Hector Depasse, président du groupe parlementaire de l’aérolocomotion. Cinquante mille cartes d’invitation ont été lancées et un train spécialement prévue doit partir de la gare d’Orsay à 13 heures. La municipalité de Juvisy, avec son député-maire docteur en droit Jean Argeliès, doit recevoir les ministres et les parlementaires lors de cette réception avec la musique du 24e régiment d’Infanterie. Cette manifestation est finalement mitigée, déjà remise une première fois le 5 décembre 1908, la S.E.A pour fêter en contrepartie sa récente fondation, a organisé un banquet à l’hôtel Meurisse pour remettre des médailles aux différents invités Louis Blériot, Léon Delagrange, Henry Farman et Wilbur Wright. Seul les pilotes Louis Blériot et Léon Delagrange se retrouverons à partir d’octobre pour Louis Blériot et le 20 décembre 1908, pour Léon Delagrange pour battre sur le terrain le record des 10 km.

vol de Léon Delagrange en octobre 1908

En fait, si des activités existent sur le plan aéronautique, visiblement deux raisons principales semblent avoir retardé les cérémonies publiques d’inauguration. La première est que les avions de l’époque ne peuvent voler par n’importe quel temps, ce qui rend précaire toute inauguration hivernale à une date prédéterminée. La seconde raison est que les installations d’accueil pour le public ne sont pas terminées.

Au 1er mars 1909, les frères Voisin ont dans leur carnet de commandes deux appareils Voisin retenus par la Ligue Nationale Aérienne et destinés aux élèves pilotes de Port-Aviation.

Le marquis de Puybaudet, un des membres de la S.E.A, à l’idée de faire bénir le champ d’aviation « comme on bénit les navires et les ports d’où on les lançait ». Il en a parlé à Mgr Amette archevêque de Paris. Viry-Chatillon ne se trouvant pas dans son diocèse, l’archevêque à obligation de demander l’avis à Mgr Gibier évêque de Versailles. Celui-ci informe monsieur le curé de Viry-Chatillon.

Le 19 mars 1909, Félix Massuchetti, curé de la ville reçoit une lettre de l’évêché de Versailles. Pour lui annoncer sa visite avec Mgr Amette et mettre à leur disposition un rituel, une étole et de l’eau bénite pour 3 heures le jeudi 1er avril pour bénir le terrain.  Ainsi, que pour le prévenir de la visite au plus tôt des responsables du terrain d’aviation. Deux jours après cette lettre, deux inconnus se trouvent dans l’église Saint-Denis et assistent au Salut qui suit les Vêpres. Ils demeurent à l’église pendant la séance du catéchisme et sont encore là, pendant la réunion des Dames de Sainte-Geneviève. Les heures tournent et avec patience ils ne bougent pas de leur place. Enfin, quand le curé a achevé son ministère, ces messieurs s’approche de lui… refusent d’entrer dans la sacristie ou de venir au presbytère ils se disent envoyés par Mgrs l’évêque de Versailles pour arranger la cérémonie de la bénédiction de Port-Aviation. Ce sont le marquis de Puybaudet et Monsieur Charles Dussaud, membres du Conseil d’administration de la S.E.A.

Mr le curé les emmène sous le porche pour entendre leurs explications. Que pensent les gens du pays ? A mon avis, répond le curé, ils en pensent que du bien. Ils vivent dans l’espoir que le commerce y gagne. Les visiteurs font toujours du bien au pays où ils passent. Malheureusement, remarque de Puybaudet, ils sont fort peu aimables avec nous. Votre Maire, loin d’être gracieux, se montre fort exigeant envers-nous. Votre Garde-champêtre ne cherche qu’à nous faire des procès.

Baptème de Port-Aviation

C’est sans doute qu’ils ne sont pas très contents de votre comportement. Vous faites afficher dans toutes les gares et dans les rues de Paris : « Aérodrome de Juvisy ». Les journaux ne parlent que du champ d’aviation de Savigny ou de Juvisy, alors que c’est tout à fait inexact puisqu’il faut sortir de ses deux communes pour entrer sur la commune de Viry-Chatillon pour pénétrer dans l’aérodrome. Pourquoi laissait dire et ne pas parlait de Port-Aviation à Viry-Chatillon ou aérodrome de Viry-Chatillon par Juvisy ? A cette amère diatribe qui fleure bon la lutte de clocher. Pour les deux parisiens, ils ne purent seulement répondre qu’ils n’y ont pas pensé !

Les administrateurs du terrain la voulaient grandiose, cette cérémonie. Tous les prêtres de la région, tous les enfants de chœur du pays (gratifiés de 1 francs), ont été invités, si Mgr l’évêque n’a jugé déplacé ce déploiement extraordinaire de couleurs rouges et noires.

Pour cette journée, la Compagnie d’Aviation société privé gérante du terrain a adressé de nombreuses personnalités ainsi qu’à tous les journaux pour assister à la bénédiction.

L’aviation Illustrée, croyant à un magnifique poisson d’avril commente l’événement : - « Certains rédacteurs croyant à une mystification d’un nouveau genre, ne s’y rendirent pas ».

Mais la cérémonie a eu bien lieu. Au lever du soleil, le ciel bien bouché, la pluie commence à tomber. Vers 14 h 30, il faut partir pour l’aérodrome, elle tombe plus que jamais. Adieu la belle procession projetée !

Les enfants de chœur de Viry et la douzaine de prêtres invités, surplis sur le bras, suivent d’un pas rapide, la Croix de la procession, irrévérencieusement, trotte vers un abri de l’aérodrome. Mgrs Amette et Gibier les attendent dans un petit salon aménagé pour la circonstance.

La fanfare de Saint-Nicolas d’Igny arrive bientôt et bravement, sous une pluie battante, le saint bataillon, musique en tête, conduit les Monseigneur à la tribune qui leurs ont été préparée. Les organisateurs de la journée s’y trouvent déjà, en compagnie des marraines des deux avions présentés.

La baronne de Lagatinerie et Madame Dussaud donnent les noms Ile-de-France et Alsace aux deux appareils de type Voisin construit pour la Ligue. En fait, les deux appareils appartiennent à Léon Delagrange, les deux appareils de la Ligue ne sont pas encore arrivés de chez le constructeur.

Baptème des Voisin Ile de France et Alsace

Après un morceau de fanfare où la pluie tombe sur les tôles faisant office de batterie l’archevêque prend la parole pour une pensée chrétienne inspiré par les fondateurs et les responsables de la Compagnie qui ont aujourd’hui leurs premiers instruments et champ d’expériences, et demander la bénédiction de l’Eglise pour ces inventions nouvelles de l’industrie humaine, puis bénir ses deux navires des airs que les deux marraines ont choisi pour eux : Ile-de-France et Alsace.

La pluie tombe toujours et au grand regret de tous les spectateurs, les avions ne peuvent s’envoler. Durant toute la cérémonie, les appareils ont été photographiés. Nous devons tous ces détails, grâce au manuscrit laissé par monsieur le curé, Félix Massuchetti, qui officie dans la paroisse de 1887 à 1912 à Viry-Chatillon. Manuscrit conservé aux Archives départementales.

Cependant, cette bénédiction chrétienne n’a pas été du goût de tout le monde. En particulier, à Léon Delagrange, pendant plusieurs jours, il n’apparait pas à Port-Aviation, et en signe de protestation, il se garde de remonter complètement son appareil pour qu’un autre aviateur ne soit tenté de s’en servir à sa place.

Le 7 avril, sur le Voisin Alsace, le capitaine Ferber fait un vol de 1600 m, à une hauteur de 10 à 20 m. le Lendemain, il franchit 3 km entre 10 et 15 m de hauteur.

Le 9 avril 1909, un élève pilote, après les essais réussis du capitaine Ferber et de Louis Gaudart, prend son envol pour la première fois et s’abat rapidement au sol, sans autres dommage que des dégâts matériels.  Ce qui va limiter pendant de nombreux mois la formation d’élèves-pilotes. En effet, le constructeur Voisin pour palier à se nombre de remise en état, va installer un hangar de réparations et de services pour ses appareils livrés.   

Pélerin de la Bénédiction du1er avril 1909